27.08.2008
Adieu, mes camarades....
J'ai hésité avant d'entreprendre cette note. Dix camarades tués de plus, ce qui fait 26 morts en Afghanistan pour l'Armée Française. Vingt six morts très évitables. Je laisse aux spécialistes le soin de déterminer s'il y a eu faute de commandement, manque de matériels et autres excuses inventées pour couvrir la vraie faute et les vrais fautifs.
Quel est le CON qui a approuvé l'envoi de troupes d'élite en Afghanistan "faire la guerre au terrorisme"?
Je ne parle pas du cow-boy Texan qui a trop vu de films de John Wayne (et qui a soigneusement évité de partir au Vietnam) ni même des abrutis étoilés du Pentagone qui visiblemment n'ont rien appris de la guérilla.
Je parle des crétins qui ont oublié selon toute vraisemblance la Guerre d'Algérie.
On n'envoie pas, on n'envoie plus des troupes pour "mater une insurrection"; c'est la recette d'une catastrophe majeure. L'Armée, c'est son métier, "casse" de l'ennemi: elle est faite pour ça. Quand "l'ennemi" est indiscernable du civil, elle "casse" du civil, c'est inévitable. Il n'y a PAS de guerre "propre". Tout ça c'est de la foutaise: la guerre, c'est sale, et ça tue sans discernement.
On oublie que les Soviétiques n'ONT PAS "envahi" l'Afghanistan: ils venaient soutenir un régime communiste en place. Et les Afghans se sont soulevés comme un seul homme. C'est ça, la leçon de la guerre d'Afghanistan: les Afghans chassent les armées d'occupation, quelles qu'elles soient.
La société afghane a une structure tribale; même pas ethnique, tribale. D'une vallée à l'autre, les allégeances changent, et elles sont soutenues par des fusils. Les Pachtouns sont des spécialistes de la fabrication artisanale d'armes de tous modèles; un de leurs commerces les plus florissants a toujours été la vente d'armes. Ce ne sont PAS des "barbares": ils sont comme ça depuis la nuit des temps.
Qu'attendaient les Afghans, et aussi les Irakiens d'ailleurs, en 2003? Les uns qu'on les débarrasse des Taliban (sans "s", c'est déjà un pluriel) qui avaient "pêté les plombs" en matière de puritanisme; les autres qu'on les débarrasse de Saddam Hussein. Tous attendaient une aide "civile"pour reconstruire leur pays dévasté. Un point, c'est tout. Le reste, ils sont assez grands pour le régler entre eux.
Ils attendaient du ciment et des générateurs, ils ont eu des tanks et des avions en permanence. Ils voulaient des flics (locaux) et des hôpitaux, ils ont eu des excuses pour des "dommages collatéraux". Et vous voudriez qu'ils nous aiment?
La contre-insurrection.
Une seule contre-insurrection a été un succès: celle menée par les Anglais en Malaisie dans les années 60. C'est-à-dire qu'on n'a plus jamais entendu parler des "rebelles" après la fin des opérations.
Une seule. Les Anglais ont envoyé un Régiment de Paras, des SAS et des Gurkhas: environ 5000 hommes, et 15000 policiers et personnels civils, 3 fois plus. Encore: les "insurgés" étaeint en majorité d'ethnie Chinoise, donc distinguables des Malais (qui ne les aimaient pas). Et ça a pris 12 ans!
Naturellement, ceux qui ont tiré sur nos soldats sont des "Taliban"! Crétins! Moules à gauffres! Anes bâtés!
Certes, il y a des Taliban parmi ceux qui tirent sur les soldats de la coalition. Il y a surtout des Afghans "non-intégristes" qui tirent sur "l'étranger"; certains ont des griefs légitimes (maison détruite, famille décimée par nous), d'autres sont "forcés" par les intégristes; beaucoup tirent simplement sur l'occupant.
Ue lecture instructive: "3 Para" de Patrick Bishop (FSC+Harper Collins), recit d'un "tour" du 3e Paras Britanniques dans le Helmand Afghan.
Fallait pas y aller? On pouvait y aller; mais derrière chaque soldat, il aurait fallu un ingénieur, des contremaîtres, derrière chaque tank un bullldozer, derrière chaque canon une palette de ciment. Les DEUX pays (Irak et Afghanistan) étaient détruits à près de 60%: des soldats pour protéger la reconstruction, oui, pour "encadrer des élus" choisis par l'occupant, non. Maintenant, comme toujours, comme en Algérie jadis, il est trop tard: que nous restions ou que nous partions, le mal est fait. Qui le réparera? nous, les électeurs, voyons! quelle question.....
13:46 Publié dans politique, stratégie, tactique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26.08.2008
Tom Clancy et les autres
La précédente note traitait de l'image que projetaient les films américains . Je devrais cesser d'utiliser ce mot "américain", des tas de peuples sont américains qui ne sont pas US: Canadiens, Mexicains Brésiliens, Argentins, etc... "Etatsunien" ? brrr! disons "U.S."....
Mais il est une autre forme de media, à destination cette fois de l'image que se font les USA du reste du monde: les livres.
Depuis une trentaine d'années paraissent des livres de "guerre-fiction" US, largement ignorés à l'extérieur (seule exception: Tom Clancy). Une caractéristique: l'équivalent du Livre de Poche paraît très vite après l'édition cartonnée. Vous l'avez deviné: ce sont des "romans de gare", des "films écrits" que l'on achète pour se délasser.
Du point de vue technique, ils sont solidement charpentés, souvent "conseillés" par des militaires en activité qui renseignent les auteurs sur nombre de caractéristiques des armements, sur les tactiques, l'Histoire Militaire, bref tout ce qui peut rendre vraisemblable un roman.
Ces livres traitent invariablement d'attaques contre les Etats Unis. La trame est aussi quasi invariable: l'aveuglement des politiques face aux menaces. Cela ne date pas de 2001 mais des années 70! Bon, les héros gagnent comme dans tout bon western. Tiens, sans le vouloir j'ai mis le doigt dessus: des "westerns de guerre", un genre familier.
Ce qui est moins familier, c'est que ces ouvrages envisagent à chaque fois un ennemi différent: URSS dans les années 70-80, évidemment, mais aussi Europe (sous la forme d'une occupation franco-allemande! Titre "Cauldron") Corée du Nord (Red Phoenix), Japon (Debt of Honor), Chine, évidemment Iran (Executive orders). Sans oublier, naturellement les islamistes, l'attaque bactériologique, ou nucléaire (Executive orders, The sum of all fears)sur le territoire même des USA. Est même envisagée une campagne de terreur déclenchée pas des narco-trafiquants (Under siege) ou à base d'avions de transport civils larguant des exposifs sur des terminals d'aéroport (Storming Heaven).
Le désormais célèbre Tom Clancy, auteur prolifique en la matière avait décrit (Debt of honor) un "kamikaze" (japonais) faisant s'écraser un Boeing sur le Capitole à Washington, décimant le gouvernement US! Dans les années 90! L'attaque du 9/11 a en quelque sorte conféré les lettres de noblesse au genre, et a accru les ventes.
Il ressort de la lecture de ces livres une impression générale tout à fait paradoxale: tout en prenant en compte la supériorité militare US, les Etats Unis sont décrits comme une sorte de géant indolent et bieveillant dont le seul tort est d'être aveugle politiquement face aux multiples dangers qui les menacent. Il faut lire les tirades, d'officiers généraux bien sûr, se plaignant du manque de vision des politiciens, le portrait, surtout de John Ryan, héros central de la saga écrite par Tom Clancy: le type simple, très intelligent mais pas sophistiqué du tout,en lutte contre l'intelligentsia washingtonienne. John Wayne ressuscité : le "bon gars", quoi!
On ne sort jamais indemne de la lecture d'un livre, quel qu'il soit: notre cerveau enregistre. et lorsqu'apparaissent des récits corroborants, l'idée se forme que "cela peut être vrai". Conjuguez cela avec la grogne contre TOUS les Gouvernements, et vous avez un tapis rouge déroulé devant les "NéoCons" et leur porte-parole, George W. Bush. Autant que la télé, ces bouquins ont à mes yeux contribué fortement à la réélection triomphale de ce Monsieur et sa doctrine typiquement western "shoot first, speak later" "tirez d'abord, discutez plus tard".
Ah! j'allais oublier: tous ces livres sont des best-sellers aux USA.
12:25 Publié dans sybolisme politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.08.2008
De John Wayne à Robocop
De toute évidence, le cinéma et certains livres ont véhiculé des symboles reçus dans le monde entier. Ces symboles ont contribué à la "vision du monde" de milliards d'individus en fournissant une partie de leur culture générale. Même en faisant la part de l'imagination, et de la déformation qui en résulte, cette "imago mundi" demeure rémanente.
Hoolywood, longtemps LE monopole de la production cinématographique dans le monde non-communiste, a ainsi créé une "image de l'Amérique" gravée dans l'inconscient collectif. On peut y distinguer trois périodes:
- la période "héroïque" qui a longtemps été prédominante. L'Américain y est présenté comme honnête, têtu, débrouillard et, règle du genre oblige, vainqueur en définitive. C'est l'ossature des westerns, mais aussi des thrillers ou des films semi-documentaires, sans oublie la pléiade de films de guerre qui débute dès 1941. LE héros de cette période est sans conteste John Wayne, géant (1m93) bourru, débonnaire mais qu'il ne faut pas contrarier.... S'appuyant sur le succès éclatant des armées US, ces films étaient la démonstration romancée u triomphe du Bien contre le Mal. Cette période "héroïque" dépeint l'Américain "libérateur".
Notons quand même que John Wayne ne combattit jamais: né en 1907, "trop tard" pour la 1e Guerre Mondiale, "trop tôt" pour la 2e.
- la période "anti-héros", réaction somme toute compréhensible contre les outrances des scenarii "héroïques", qui commence avec "Attack", avec Jack Pallance et Rod Steiger. Cette période culmine dans les années 70 avec la dénonciation de la Guerre du Vietnam, ses horreurs, ses crimes, et surtout la dégradation morale des GIs, des officiers, et des hautes sphères de la politique américaine. L'Américain n'y est plus le "libérateur vertueux", mais un type dangereux, et les USA endossent l'image d'un prédateur fou. C'est cette image, profondément implantée dans la psyche collective, qui prédomine aujourd'hui dans le Tiers Monde.
Ironiquement, cette image destinée à ramener un peu de réalité dans les outrances "héroïques" a créé une image repoussante, donc a eu l'effet inverse du but recherché qui était de rendre le héros US plus humain.
- enfin, il y eut "Rambo" et le déluge de films d'action dont le seul fil conducteur est l'accumulation d'effets spéciaux spectaculaires, un perpétuel feu d'artifice léthal. Destiné à redorer l'image du combattant américain, elle a dégénéré dès les années 90 en une image "impériale". comme toute armée impériale, l'Armée US est multi-raciale et strictement "méritocratique". Mais dans les décors, la mise en scène et les costumes, cette Armée décalque assez exactement les pompes et les attitudes de la Rome Impériale (telles qu'on les imagine...) ou la Grande Armée de Napoléon: attitudes rigides, parades avec des rituels très élaborés, gestes précis et secs, tout y est.
Seul inconvénient: une Armée impériale est nécessairement conquérante, sa sécurité résultant de la domination par la force. Et cette domination, inévitablement, doit toujours s'étendre de proche en proche jusqu'à tenter d'englober tout l'espace disponible.
Il n'est donc pas très étonnant que cette image projetée depuis plus de trois quarts de siècle inquiète -pour le moins- les peuples non encore englobés formelement sous une "domination US", notamment les chinois, les Russes, et dans une moindre mesure les Indiens. Encore moins étonnant est la répulsion ressentie par les peuples musulmans -et Arabes en particulier- envers ce qu'ils considèrent comme une Croisade concertée de Washington contre eux. La multitude de films et téléfilms où le "vilain" est visiblement arabe ou Musulman semble servir de "caution morale" à une attaque en règle contre l'Islam, comme "la protection des pèlerins" le fut pour les Croisades du Moyen Age. Et les scenarii sont tellement pauvres, la "menace" qui pèse invariablement sur les innocents GIs tellement inconsistante et si facilement déjouée que le "prétexte" semble peu plausible, et donc le film "fabriqué" CONTRE l'Islam.
Ajoutez à cela les "dommages collatéraux" (civils tués en langage clair) bien réels eux, qui ont accompagné TOUTES les opérations militaires US depuis le début de la Guerre du Vietnam (on ne parle pas des victimes civiles de la 2e guerre Mondiale, ni de la Corée, vaguement justifiables) et il est inutile de se demander "pourquoi ILS ne nous aiment pas?". Après tout, nous sommes les amis et alliés des Américains.
N.B. Saviez vous que l'opération à Panama où fut arrêté le Général Noriega (tête d'ananas) fit des centaines de victimes dans les quartiers pauvres de Panama City, où Noriega n'était pas?
A suivre avec les livres.
14:07 Publié dans sybolisme politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


